Interview réalisée par Belfond Français, à l'occasion de la parution de son roman Un soupçon d’interdit

Vous avez situé votre roman en Languedoc-Roussillon. Pourquoi cette région vous a-t-elle particulièrement inspirée ? A-t-elle un lien déterminant avec l’histoire ?
Françoise Bourdin. Je souhaitais le Midi pour le soleil et la chaleur, la lumière, les odeurs – très importantes dans cette histoire dont l’un des héros est parfumeur ! -, ainsi que la possibilité d’avoir de grandes tablées dehors, où les réunions familiales auraient lieu à l’ombre d’un micocoulier.

Daphné, l’héroïne, tient une cave à vins à Montpellier. Les femmes s’intéressent de plus en plus à l’œnologie. Êtes-vous amateur vous-même ?
Françoise Bourdin. Depuis « Les Vendanges de Juillet », je me suis toujours beaucoup intéressée aux vins, aux cépages, aux terroirs. C’est, là encore, un monde de parfums avec une infinité de nuances. Mon père appréciait les grands crus et possédait une bonne cave, avec une prédilection pour les vins de Bourgogne, qu’il m’a fait découvrir lors d’un voyage à Beaune quand j’avais vingt ans. Mais comme je goûte aussi le vin blanc, je me régale volontiers d’un verre de meursault ou de Pouilly, en pensant chaque fois à ce qu’il a fallu de savoir-faire et de patience à son viticulteur.

Plus nombreuses sont les femmes dont les métiers sont traditionnellement réservés aux hommes. Que pensez-vous de cette évolution ? Est-il facile pour une femme d’y trouver sa place ?
Françoise Bourdin. C’est difficile pour celles qui ouvrent la voie. La première qui est entrée à l’X, la première enfin devenue pilote de chasse, la première femme-pompier… Elles ont dû faire leurs preuves et surmonter bien des obstacles. Certes, les mentalités évoluent, mais si lentement !

Un de vos personnages est nez pour de grands parfumeurs, on suit également le parcours d’un sculpteur, deux domaines touchant à la création, à l’art et à la beauté. Le talent est-il inné, ou s’apprend-il ? Est-il le fruit d’un travail sans cesse renouvelé ? Doit-on suivre son inspiration ou les tendances pour réussir ?
Françoise Bourdin. À ces trois questions, la réponse est oui… et non ! Le talent est inné, c’est un don qu’on reçoit ou pas. Mais on l’apprivoise, on le perfectionne, on le nourrit, au contraire du génie qui se passe de tout apprentissage (Mozart, Rimbaud…) Et le talent se travaille, c’est certain. Vouloir lui faire suivre les tendances ou la mode me semble périlleux et artificiel, en ce qui me concerne l’inspiration est mon meilleur guide.

Daphné est veuve. Son mari est mort dans un tragique accident. Vous abordez dans ce livre le thème de la reconstruction. Peut-on encore aimer quand on a perdu l’être cher ? Est-ce le trahir ? Ne craint-on pas aussi le regard des autres ?
Françoise Bourdin. Après le deuil d’un être cher, et surtout si l’on a été très entouré, si les gens ont compati à votre souffrance, on peut craindre leur regard en aimant à nouveau. Se sentir coupable de n’avoir pas été inconsolable, pas fidèle à la mémoire de l’être disparu. Mais par bonheur tous les chagrins s’apaisent un jour et on se remet à vivre, à aimer. Ne pas le faire serait se trahir soi-même, s’empêcher d’exister.

Avez-vous un nouveau roman en préparation ? Des projets qui vous tiennent à cœur ?
Françoise Bourdin. Je suis incapable de rester sans écrire, sinon je tourne en rond, quelque chose d’important me manque. En ce moment, je vis par la pensée dans les Landes, j’entends l’océan gronder et je sens l’odeur des pins : je raconte une histoire. Et, comme toujours, j’y prends un plaisir fou !



Interview réalisée par Belfond Français, à l'occasion de la parution de son roman Mano a mano

Pourquoi avoir eu envie de rééditer Mano a mano, écrit en 1991 ?
Françoise Bourdin. Il y avait deux bonnes raisons pour cette réédition de Mano a Mano. La première est que de très nombreux lecteurs, voyant ce titre dans ma bibliographie, souhaitaient se le procurer, or il était introuvable. La seconde est que j’aime énormément cette histoire, et que j’avais pris un plaisir fou à l’écrire.

Quelle est l'histoire de ce roman ?
Françoise Bourdin. Ce roman a coulé de source, l’histoire était toute prête dans ma tête. Je me souviens de ces heures passées à écrire, sur des cahiers d’écolier à l’époque. J’étais à la campagne et au soleil, je « voyais » les personnages, j’étais bien avec eux, je ne voulais pas les quitter.

Il y a d’abord Raphaëlle. Elle a trente ans et vit une relation amoureuse sans passion avec un homme de vingt ans plus âgé qu’elle. La liberté de la jeune femme le rend fou et, pour la retenir, il envisage de l’épouser. Mais avant de lui faire sa demande, il tient à la présenter à son ami, Virgile. Celui-ci vit en Camargue, où il élève des chevaux et des taureaux de combat. Mais quand apparaît Ruiz, le fils cadet de Virgile, un torero en pleine ascension, c’est le coup de foudre entre Raphaëlle et lui. Et leur destin bascule…

Pouvez-vous nous présenter Ruiz ?
Françoise Bourdin. Ruiz est un modèle de héros… ou d’antihéros, c’est selon ! Il a la beauté de la jeunesse, sa fougue et son culot. Il se moque du danger, il prend tous les risques, dans son métier comme en amour. Est-ce un égoïste ? Je l’ignore, mais il me hante toujours car c’est un personnage flamboyant, très « flamenco ».

Pourquoi avoir choisi la tauromachie - sujet très controversé -, comme toile de fond à ce roman?
Françoise Bourdin. La tauromachie est en effet un sujet brûlant, qui donne lieu à de virulentes polémiques. Mais, pour un auteur de roman, c’est aussi un décor exceptionnel. Soleil, paillettes, paso-dobles, avec la mort qui rôde. On peut y mettre des personnages en situation de tragédie. Il y a quelque chose d’une rare intensité sur le sable d’une arène.

Qu'est-ce qu'un mano a mano?
Françoise Bourdin. Un mano a mano, c’est une compétition entre deux rivaux. En tauromachie, c’est une corrida à laquelle ne participent que deux matadors au lieu de trois. Dans mon roman, c’est aussi l’affrontement de deux hommes très différents pour une même femme.

Faut-il avoir vécu soi-même une passion aussi forte pour pouvoir écrire un roman aussi intense ?
Françoise Bourdin. Ma première corrida, je l’ai vue enfant, et j’ai été à la fois fascinée et révoltée. La fascination l’a emporté. Quand on en voit une vraiment réussie (ce qui est loin d’être toujours le cas), avec des taureaux combatifs qui sont de vrais tueurs et des hommes capables de ne pas reculer d’un pas alors qu’ils n’ont qu’un chiffon à la main, c’est très impressionnant. Et le silence de dix ou quinze mille personnes qui retiennent leur souffle devant la beauté d’un seul geste du bras, c’est beaucoup d’émotion. Je descends de temps en temps à Nîmes ou à Arles pour les férias, avec mes filles, et même si aujourd’hui je n’éprouve plus les mêmes sentiments, il y a parfois quelques secondes d’éternité qui vous clouent sur votre gradin. Notre monde est très raisonnable, très policé, aseptisé et bien-pensant, alors s’en évader un instant permet d’ouvrir une autre porte, sur autre chose. Et on ne pourra jamais m’accuser de ne pas aimer les animaux car ils font partie de ma vie ! J’ai presque toujours eu des chevaux, des chiens, et mon actuel Beauceron est un membre de la famille à part entière.

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